Maathieu 11, 25 - 30 "RAjeunir ? toujours ?"

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Narbonne

DIMANCHE 7 juillet 2026

Matthieu 11, 25 - 30

             « Rajeunir ? toujours ? »

 

Introduction :

Quel texte magnifique ! Il vient pourtant à la suite d’un enseignement de Jésus très dur envers ses contemporains. Ce n’est pas l’objet de cette méditation mais quand même c’en est le contexte immédiat… Ecoutez le verset 20 : « il se mit à invectiver contre les villes où avaient eu lieu la plupart de ses miracles, parce qu’elles ne s’étaient pas converties ». Invectiver, en grec, c’est le même mot que celui qui désigne les insultes des brigands envers Jésus sur la croix[1]. C’est dire la force de ses paroles. Peut-être avait-il aussi sur le cœur l’emprisonnement de Jean le Baptiste[2] ? Malgré tout, il va formuler des paroles révolutionnaires pour son temps et son monde, mais combien encourageantes pour ses disciples, c’est notre texte.

Aujourd'hui, j’ai souhaité suivre le texte comme il est écrit et mettre en lumière certains mots au fil de la lecture ; en les dépiautant, ils vont nous éclairer de leur signification mais aussi sur l’impact qu’ils peuvent avoir en nous.

 

1) les sages et les intellectuels :

Qui sont les sages et les intelligents ? Je ne sais pas si je suis sage, mais pour le moins, il me semble que je ne manque pas d’un chouia d’intelligence. Les auditeurs de Jésus et aussi les lecteurs contemporains de Matthieu ont eux, probablement, traduit ces mots par « les scribes et les pharisiens », c’est-à-dire, un groupe de privilégiés qui ont fait de longues études pour absorber la substance des profondeurs de la Torah et qui compliquaient la vie du petit peuple de façon conséquente. Je m’explique.

Les scribes sont des érudits, « copistes et conservateurs de la Loi. « Au terme de longues études, vers l’âge de 40 ans, ils étaient ordonnés scribes [3]». Ils comptaient chaque lettre dans les textes qu’ils copiaient et avaient le souci de la prononciation la plus exacte de chaque mot, des pointilleux méticuleux maniaco-tatillons de la lettre, mais pas sans raison, quand même... [Car ) « ils s’étaient assigné la mission de faire en sorte que le texte biblique fut transmis intact aux générations à venir. [4]». Ils sont, par ailleurs, à l’origine des règles et des lois qui régissent la vie quotidienne des juifs de Judée ». Et la tradition orale est leur credo, si je puis le dire ainsi, c'est-à-dire que leurs vies étaient gérées seconde par seconde, pas directement par les 613 commandements de la Thora, sous-jacents, mais pas assez précis semble-t-il, mais essentiellement avec les commentaires oraux plus adaptés à la vie quotidienne qui évoluait qu’en avaient fait leurs prédécesseurs. On les appelle « rabbi ». Leurs règles, devenues « lois » incontournables, faisaient peser sur le petit peuple l’impossibilité de les vivre. Quand on travaille 12 heures par jour sans discontinuer, comment appliquer dans les gestes de la vie quotidienne les interdictions et les obligations qu’ils avaient édictées ? Malgré tout, leurs coreligionnaires les considéraient comme des sages. Mais Jésus n’en fait qu’une bouchée quand il déclare : « ils disent mais ne font pas[5] ».

Quel privilège nous avons de vivre dans une institution où les tatillons pointilleux maniaco-tatillons sont présents mais parmi bien d’autres catégories d’hommes et de femmes plus libéraux. Chaque jour nous pouvons rendre grâce d’être accueillis tels que nous sommes, quoi que nous fassions, sans être montrés du doigt pour avoir transgressé une règle et même un commandement des Ecritures. Comme nous le disons au moment de la cène : « Que celles et ceux qui reconnaissent en Jésus-Christ leur Seigneur forment un cercle autour de cette table », pas de servitude ou d’obéissance à des lois, des décrets ou des commandements, simplement des cœurs vivants et ouverts à l’accueil de celui qui frappe à la porte[6]. Quel privilège ! parce que ce n’est pas partout pareil…

Les scribes sont souvent associés aux pharisiens dont l’étymologie du mot signifie « séparer » et aussi « expliquer ». Ce sont des juifs fervents. Peut-être le saviez-vous, on peut distinguer deux catégories de pharisiens : le « gros de la troupe » et une sorte d’élite « pour laquelle la religion n’était qu’un instrument politique ». « Les docteurs pharisiens qui ont créé le judaïsme étaient des gens simples, vivant péniblement du travail de leurs mains, (…) travaillant sincèrement au progrès des idées religieuses et morales[7] ». Ce sont les plus nombreux. Ce que j’appelle « le gros de la troupe ». (…) L’autre classe de pharisiens, était depuis longtemps une force organisée avec laquelle il fallait compter » et qui avait sur le « petit peuple » (am ha aretz) qui suivait les préceptes religieux au lance-pierre si j’ose le dire ainsi, un ascendant très fort. « Ils jouissaient d’un tel crédit que le peuple ajoutait foi à leurs paroles même quand elles visaient la personne du grand prêtre[8] ». C’est à ces pharisiens-là que Jésus dit : « malheur à vous scribes et pharisiens, hypocrites[9] ». Dites, ils avaient quand même rajouté plus de 600 règles rien que pour ce qui était considéré comme travail le jour du sabbat[10] !

Comme les juifs du temps de Jésus, nous pouvons accorder du crédit à nos théologiens, toute tendance confondue, mais n’oublions pas de vérifier par nous-mêmes, privilège de notre époque, les enseignements que nous recevons. Pas de « béni oui-oui » chez les protestants réformés !

Bref, nous avons la fâcheuse habitude de jeter l’anathème sur « les scribes et les pharisiens » mais comme nous venons de le voir, tous n’étaient pas vilipendés par les rédacteurs des Evangiles. Combien il est important quand nous lisons un texte biblique, de ne pas oublier de travailler son contexte : biblique, littéraire, historique, social et même grammatical, sans compter, si nous utilisons des commentaires, de nous renseigner sur la personne qui les a rédigés et forcément a instillé dans ses écrits ce qu’elle est elle-même. Alors, nous aurons une vision plus juste concernant par exemple les scribes et les pharisiens dont il est question dans les Evangiles.

 

2 ) les « tout-petits » :

Et puis, il y a les « tout petits » qui bénéficient de la bienveillance du Père et à qui ces « choses » sont révélées. « Il s’agit littéralement de ceux qui tètent ». C’est donc par ceux qui sont au sein, pleurent, babillent, ont besoin d’être nourris, lavés, changés, que Dieu affirme sa puissance ! » Ecoutez ce qu’en dit un théologien, je cite : « Le Royaume des cieux est à ceux qui leur ressemblent, dit Jésus. Pas physiquement, pas intellectuellement, pas naïvement, mais lorsque nous acceptons une dépendance et même une interdépendance avec Dieu, les autres et les êtres vivants. Lorsque nous continuons à nous élancer vers l’avenir quel que soit notre âge, pour grandir dans la foi et recevoir en toute humilité cette nourriture spirituelle solide dont parle Paul[11]. » (fin de citation). Ainsi, ici, ce ne sont pas celles et ceux qui sont « au petit lait » spirituel dont Paul parle[12], mais Jésus désigne celles et ceux qui ont un cœur d’enfant, qui ne marchent pas sur les traces de Jacques et Jean qui voulaient les honneurs de la place à la droite de Jésus et à qui le maître répond en prenant un enfant sur ses genoux : « quiconque accueille un enfant comme celui-ci en mon nom, c’est moi qu’il accueille[13] ». Quelle merveille ! Si nous avons un cœur d’enfant, alors nous sommes réceptacles de la bienveillance du Père et nous sommes accueillis par le Fils. Dis, il est comment ton cœur ?

 

2) le Père m’a tout remis :

Puis, après avoir encouragés ses auditeurs à vivre comme des tout petits, Jésus lance un sacré pavé dans la mare des idées conservatistes et bien pensantes des scribes et des pharisiens."Tout m'a été remis par le Père". Dans l'évangile de jean, il déclare : « Nul ne vient au Père que par moi ». (Jean 14, 6). Eh ! oh ! et le temple alors, il sert à quoi ? A vrai dire, si je fais un parallèle avec notre époque, je dirais que c’était une espèce de centre commercial politico-social. Nombre de judéens en dépendait financièrement, et même davantage, car il n’y avait pas seulement les marchands sous les arcades, mais aussi des juges, des policiers, et évidemment des centaines de prêtres, et de lévites pour les sacrifices, de centaines de chantres pour louer Dieu, et des soldats pour monter la garde sur le trésor du temple. Bref, insinuer qu’il n’a plus son utilité de médiateur, cela revient à mettre un paquet de gens au chômage ! Mais par-dessus tout, c’était nier qu’il était « la porte du ciel », le « nombril du pays, voire le nombril de la terre [14]». Et pour Flavius Josèphe un « microcosme de l’univers[15] ». Et malgré cette vision du temple unanimement proclamée, Jésus dit : « Nul ne vient au Père que par moi. Et nous l’entendons nous exhorter, nous aussi, à nous tourner vers lui, porte grande ouverte pour aller au Père.

Et puis, mon cœur bondit, mon esprit s’éclaire, et j’entends, comme s’il était là, que dis-je, IL EST Là, je l’entends murmurer à mon oreille : « Viens à moi, toi qui peines sous le poids du fardeau, et moi je te donnerai le repos. Prends sur toi mon joug et mets-toi à mon école, car je suis doux et humble de cœur et tu trouveras le repos de ton âme.  Oui, mon joug est facile à porter et mon fardeau léger ». Le joug dont parle Jésus, si on reste dans le contexte, ce sont toutes les règles imposées pour gagner le ciel. Un théologien écrit, je cite : « La bonne nouvelle est que Jésus promet à [toutes celles et] tous ceux qui viennent à lui qu’il leur donnera le repos du lourd fardeau d’essayer de gagner leur place au ciel et le repos du joug oppressif du pharisaïsme et du légalisme. Jésus encourage celles et ceux qui sont lourdement chargés à prendre son joug sur eux, et ce faisant, ils trouveront le repos pour leurs âmes. Le joug de Jésus est léger et facile à porter parce qu’il est le joug de la repentance et de la foi, suivi d’un engagement singulier à le suivre. Comme le dit l’apôtre Jean : « Car l’amour de Dieu consiste à garder ses commandements. Et ses commandements ne sont pas pesants.[16] » (fin de citation).

 

Conclusion :

Un jour un peu scribe, un jour un peu pharisienne, un jour un peu toute petite, je sais qu’ici, dans le cadre de l’Eglise protestante unie de France, je peux vivre dans la paix bienfaisante de la bienveillance du Père, dans la marche soulagée de ses fardeaux en union avec celui sur qui pèse l’autre côté du joug, Jésus, qui prend sur lui tout ce qui m’alourdit, qui m’accable, et entrave mon avance sur le chemin de la grâce offerte.

Je conclue avec cette lumineuse prière de Philémon de Gaza dans sa méditation de notre texte. Il écrit : « Quelle surprise ! Voilà que Jésus compare discrètement son Père à un paysan travaillant avec ses bêtes attelées ! L’amour d’un paysan pour ses bêtes est bien connu, mais il n’est rien par rapport à l’amour du Père pour son Fils bien-aimé et pour quiconque se met à lui obéir humblement sous l’attelage à côté de son humble Jésus. (…) Assurément, les petits se réjouiront de contempler cette magnifique scène champêtre pleine de paix et de douceur où un paysan conduit son attelage avec son indicible et humble amour. (…) Béni es-tu, Père céleste (…) Béni es-tu, Père céleste, d’alléger nos fardeaux en nous plaçant auprès de ton Fils qui les porte avec nous sous le joug de ton amour. Dans ta grâce, veuille envoyer ton Esprit Saint, pour que, dans la douceur et l’humilité d’une colombe, il se pose sur moi et me façonne à ton image et à l’image de ton Fils. (…).[17] ». Amen.

 

 

[1] Matthieu 27, 44 (grec : oneidizo)

[2] Matthieu 14, 1 - 13

[3] Dictionnaire du Nouveau Testament Xavier Léon Dufour p.494

[4] Dictionnaire encyclopédique du judaïsme p. 931

[5] Matthieu 23, 1 - 12

[6] Apocalypse 3n 20

[8] Percée Revue des Etudes juives « Les pharisiens et les gens du peuple » p. 34 et ssuite

[9] Matthieu 23, 27 - 32

[12] 1 Corinthiens 3, 2

[13] Marc 9, 33 - 37

[14] Le monde où vivait Jésus n. 263

[15] Idem p.264

[17] Daniel Bourguet Philémon de Gaza médite l'Evangile de Matthieu p. 134

Publié dans Prédications

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